« 2 décembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 199-200], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10174, page consultée le 03 mai 2026.
2 décembre [1836], vendredi soir, 4 h. ½
Mon cher petit homme, depuis que vous êtes parti, je ne me suis occupée que de ranger
mes grandes armoires de la petite chambre. J’ai voulu profiter du jour pour faire
cette besogne indispensable. Je viens de finir seulement à présent. Si je n’ai pas
pu
vous écrire plus tôt, je n’ai pas cessé de penser à vous, ce qui est tout à fait la
même chose pour le sentiment.
Si vous arriviez à
présent vous me trouveriez pâle à faire plaisir et frisée à faire peur au diable.
Il
est vrai que votre refrain et celui-ci :
ça m’est égal, j’en trouverai de plus de gentille
etc……………………a
J’en trouverai de plus gentil------ le !
La propriétaire m’a apporté langoureusement le bail à renouvelerb ; comme elle étai pressée, ce n’est qu’après coup que j’ai pris connaissance
du susdit bail, écrit dans la langue huronne des
propriétaires, et qui nous imposerait, si nous étions assez mohicans pour la souffrir, la nécessité de laisser les six moispayés d’avance imputables sur les dix derniers mois du renouvellement, ce que je trouve parfaitement abusif et
irrégulièrement oppressif. Êtes-vous comme moi ?
Ha ça, est-ce que vous ne me
ferez pas sortir ce soir, par le beau temps qu’il fait ? Je désirerais que ce soit
avant 3 h. du matin. C’est peut être un peu tyrannique, mais
enfin tel est mon désir. Ainsi donc je vous somme et au besoin je vous assomme de me promener ce soir dans un espace de terrain
quelconque. Je vous laisse le choix.
Je continue mon système. Je vous aime, peut
être que plus tard je vous aimerai et qu’enfin je finirai par vous aimer. En attendant
je prends la liberté de vous adorer, jusqu’à ce qu’il plaise à votre majesté de me
permettre de lever les yeux sur un peu plus haut que ses sacrés pieds. Êtes-vous
encore sur la montagne Ô moderne Moïse ? Ou bien en
êtes-vous redescendu avecc la
nouvelle table de la loi de la propriété littéraire dans
votre poche au milieu des Hébreux de la commission ?
Je voudrais le savoir, parce que ma pensée ne vous quittant jamais, je voudrais
toujours savoir ce que vous faites, ce que vous dites et où vous êtes, chose
extrêmement impossible avec vous. Enfin, c’est égal, j’en suis pour ce que je vous
ai
déjà dit depuis quatre ans : je vous aime de tout mon cœur, de toutes mes forces et de
toute mon âme.
Juliette
a Les points de suspension courent jusqu’à la fin de la ligne.
b « renouveller ».
c « avec avec ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
